Copie privée – Entrepreneuriat │ WAIPA Saberty livre ses craintes et propose ses solutions pour l’amélioration du système (INTERVIEW)

Artiste-chanteur-reggae, résidant en France, WAIPA Saberty préside à Grenoble (où il vit) l’association Isère International Événementiels (IIE). Interprète, compositeur, musicien, WAIPA est le directeur général du Centre Wakapa Productions. Actuellement en Côte d’Ivoire, il finalise l’érection dudit centre dédié à la réinsertion sociale des jeunes, la formation théorique et pratique aux métiers de la musique. Personne ressource pour mener à bien certaines missions dans le métier de la musique en Côte d’Ivoire, WAIPA Saberty qui salue l’adoption (fin octobre 2021) du décret portant rémunération pour copie privée en Côte d’Ivoire, livre néanmoins ses craintes et propose ses solutions pour une juste amélioration du système. INTERVIEW.

Vous êtes de plus en plus fréquent en Côte d’Ivoire, devrait-on penser à un coming home que vous préparez ?

Oui, je crois qu’il est temps de rentrer pour apporter mon expertise et mon expérience pour la construction culturelle de mon pays. Donc, je serai de plus en plus fréquent en Côte d’Ivoire.

Etant sociétaire du Burida, on vous a connu très critique envers Irène Vieira, l’ex DG du Burida, concernant la gestion du droit d’auteur. Depuis l’arrivée de son successeur, OUATTARA Karim, quelle lecture faites vous de ses actions menées et de la gestion collective du droit d’auteur ?

Je ne me permettrai pas de mettre en cause la gestion du DG Ouattara Karim. Je pense qu’il fait exactement son travail de directeur pour lequel il a été désigné par le ministère.

Mais mon inquiétude se trouve plutôt ailleurs. Il est dans la façon dont le conseil de gestion provisoire est entrain de s’éterniser comme celui d’il y a quelques temps en arrière, et cela est inacceptable.

Qu’est-ce qui est de votre entendement acceptable ?

Il faut passer à la normalisation de cet organe qui va nous diriger pour la suite de nos revendications en toute légalité. C’est-à-dire : Le toilettage des textes; l’Élection du conseil d’administration par les différents collèges, selon nos textes; la nomination du directeur général, après appel à candidature selon le profil que nous recherchons. Car, le directeur est l’employé des sociétaires, et non l’inverse.

N’êtes-vous pas d’avis que les recouvrements, l’assiette de perception et les répartitions qui divisaient par le passé les artistes connaissent un bon du fait d’un système qui s’améliore au fils du temps ?

La perception se fait dans l’ensemble très bien il me semble. C’est plutôt la répartition qui cause souvent problème.

Et, c’est là que nous attendons le directeur et le conseil de gestion provisoire (COGER) qui termine son mandat dès fin novembre.

Je félicite d’ailleurs l’ensemble des acteurs qui œuvrent pour recouvrer les diffuseurs et autres utilisateurs de sons et vidéos.

Pour vous qui êtes un artiste de première heure et qui s’y connais en droit d’auteur, avez-vous approché les dirigeants du Burida pour partager vos idées novatrices ?

Non, pas du tout. Je sais que je représente une personne ressource pour mener à bien certaines missions dans notre métier, et je suis prêt à combattre aux côtés de ceux qui le souhaitent. Oui, j’aimerais contribuer à l’amélioration de la vie des artistes. Je pense que pour faire avancer les choses dans un premier temps, le Bureau Ivoirien du Droit d’Auteur gagnerait à mettre en place un vrai système de communication régulier par mail et par Sms tout simplement, pour informer à temps réel ses sociétaires de chaque événement les concernant.

Personnellement, je n’ai jamais reçu de mail du service de communication de la maison qui protège mes droits, pour m’informer des répartitions à venir.

Fin octobre 2021, le gouvernement ivoirien a adopté un décret portant rémunération pour copie privée. Un vœu que les créateurs ont chéri depuis 25 ans. Quel est désormais l’enjeu selon vous ?

D’abord qu’est-ce que la copie privée ? La copie privée nous permet de copier pour notre usage privé des contenus protégés et réalisés à partir d’une source légale.

Pour être plus explicite, la rémunération permet, par exemple de copier nos films préférés sur notre box, l’enregistrement des sons (musiques) et images ( vidéos), la lecture des livres sur nos téléphones portables sur nos tablettes, ordinateurs et clés USB. En gros, sur tous les appareils qui enregistrent et diffusent le son et l’image.

En contre partie, les fabricants et importateurs de ces supports de stockage versent une rémunération pour les auteurs, les compositeurs, les interprètes et les producteurs des œuvres qui sont ainsi dupliquées.

Je pense aussi que la signature du décret d’application de la loi sur la copie privée peut être un grand bol d’air pour les sociétaires. Si, bien entendu, ce décret lui-même dans son application effective, respecte entièrement l’esprit de la lettre universelle de la loi sur la copie privée.

Quels seraient les barèmes de rémunération pour copie privée ?

Les barèmes : 25% des sommes sont destinées à l’aide à la création, aux spectacles vivants, à la formation à l’éducation artistique culturelle théorique et pratique. Bref, tous les projets artistiques doivent être obligatoirement pris en charge, financés et encouragés par ces fonds d’aides dès l’instant où on en fait la demande en tant que sociétaire ou acteur culturel.

75 % des sommes collectées rémunèrent directement les ayants droit (les sociétaires) propriétaires des œuvres que vous copiez à longueur de journée.

Sa rémunération doit faire l’objet d’une répartition équitable, vu que ces droits ne sont pas des droits d’exécution publique, de reproduction mécanique numérique ou encore moins des droits de diffusion destinées à un artiste spécifiquement désigné. Quatre entités peuvent en bénéficier : l’auteur, le compositeur, l’interprète et le producteur.

Dans la sous région, le Burkina Faso est un exemple dans la rémunération pour copie privée. Comment réussir selon vous sa mise en œuvre (règles à établir) en Côte d’Ivoire pour une gestion efficiente des ressources perçues ?

Je ne connais pas le contenu du décret d’application de ce pays frère. Mais je ne peux que les encourager à lutter pour améliorer leur condition de vie. Concernant la Côte D’ivoire, il serait bien de respecter l’esprit et la lettre de la loi universelle sur la copie privée.

Selon vous, comment les acteurs impliqués doivent travailler pour que la rémunération pour copie privée ne soit pas source de conflit mais de solidarité ?

Le Burida est une société de gestion des droits des artistes (auteurs) sociétaires qui sont aussi des actionnaires. Pour ma part, il est temps de penser à créer la société de protection des droits des artistes Interprètes comme la SPEDIDAM en France.

Tout un chacun de nous pourra saisir le conseil d’administration dans en cas d’une mauvaise gestion. On peut aussi demander l’arbitrage du ministère de tutelle qui a un rôle régalien à jouer. Il n’est pas exclu que l’on recours à un cabinet d’audit pour un contrôle. Nous avons tous ces outils à notre disposition pour opérer et réussir les contrôles.

Justement, en plus d’être un auteur, compositeur et interprète, vous êtes dans la production. Qu’en est-il de Wakapa

Productions que vous comptiez installer en Côte d’Ivoire et quelles en sont les perspectives ?

Nous sommes en phase de finalisation du Centre Wakapa de formation théorique et pratique des métiers de la musique, qui va accueillir aussi bien des artistes musiciens que des techniciens du son et lumière. En plus de l’organisation de divers spectacles, l’organisation générale et la programmation artistique, la formation en entrepreneuriat du spectacles vivants et du management des artistes, le centre sera dédié aux répétitions, aux enregistrements, à la production sonore et vidéos.

A cela j’ajoute la formation à la mise en place du montage budgétaire d’une production, l’accompagnement au montage des projets des étudiants du centre Wakapa; la Formation technique et l’organisation à l’installation technique d’une production.

Il y aura la formation sur les droits de la propriété intellectuelle (droits et obligations des artistes, des producteurs, des employeurs et des utilisateurs et diffuseurs des sons et vidéos des ayants droit. Sont également prévus des rencontres, colloques et séminaires. Notre but est surtout d’aider les jeunes à la réinsertion sociale.

Comment comptez-vous mener à bien ce projet ?

Pour ce faire, nous avons besoin de soutien de la part des acteurs culturels (sponsors, mécènes, et autres financiers) mais surtout de l’état et du ministère de la culture, pour mener à bien cette opération qui est un vaste chantier, et qui demande beaucoup de courage, de sérieux et de professionnalisme.

© Seydou Kone

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