Grande interview : Premier ministre malien par intérim, colonel Abdoulaye Maiga parle

Face à nos confrères de l’ORTM en français et en langue nationale bamanan, le Premier ministre par intérim, colonel Abdoulaye Maiga s’est adressé aux maliens et aux partenaires du Mali.

De sa conception de sa mission, à la volonté d’inclusivité et de rassemblement du président de la Transition, en passant par les réformes politiques et institutionnelles, l’insécurité et la montée en puissance des FAMa, les relations du Mali avec ses partenaires, les dossiers sensibles des 49 ivoiriens ou encore la plainte déposée contre la France au Conseil de sécurité et le coût de la vie, le PM P.I. n’a éludé aucun sujet. Malikilé offre à ses lecteurs l’intégralité de cette intervention.

ORTM : Monsieur le premier ministre Bonsoir et merci de nous avoir accordé cet entretien spécial !

Colonel Abdoulaye Maiga : Je souhaite la bienvenue à l’ensemble des membres du gouvernement et bien entendu de mes collaborateurs de la primature.

Dans mes propos liminaires, je voudrais très humblement exprimer toute ma gratitude et ma reconnaissance à SEM, Colonel Assimi Goïta, président de la Transition, chef de l’Etat, il y a un peu plus de deux semaines, qu’il m’a confié la charge d’assurer l’intérim de SEM, Dr Choguel Kokalla Maïga, le Premier ministre qui est empêché en ce moment. J’en suis très conscient, servir son pays à ce niveau de responsabilité, est une grande marque de confiance et je demeure convaincu finalement qu’il s’agit d’un privilège et d’un honneur ; également d’assurer l’intérim d’un homme en-gagé, déterminé, dévoué, combatif pour la Refondation du Mali et doté d’une expérience politique avérée comme le Dr Choguel Kokalla Maïga n’est une sinécure. Mais je ne doute pas que grâce à l’accompagnement des collègues et membres du gouvernement, de nos collaborateurs qui sont dans les départements ministériels, l’ensemble du peuple malien et avant tout l’accompagnement de Dieu le Tout Puissant, nous réussirons à relever les objec-tifs qui nous ont été assignés.

Je voudrais également saisir cette occasion pour souhaiter un prompt rétablissement du fond du cœur au Dr Choguel Kokalla Maïga et souhaiter également son retour rapide parmi nous, à la tête de l’exécutif pour conduire cette transition.

Avant de répondre à vos questions, je voudrais rappeler et rassurer à notre opinion, que la mise en œuvre du Plan d’Action Gouvernemen-tale demeure la seule boussole du gouverne-ment en particulier à cette période d’intérim ; les objectifs ne changeront pas. Pour plus de précision, nous avons un Plan d’Action Gouvernemental qui a été présenté par le premier ministre, Dr Choguel Kokalla Maïga devant le Conseil national de la transition et validé par notre organe législatif.

A titre de rappel, ce Plan d’Action Gouverne-mental (PAG) a été élaboré à partir de la lettre de cadrage de SEM, colonel Assimi Goïta, Président de la transition, Chef de L’Etat. Ce PAG comporte quatre (4) axes : Le renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire National, Les réformes politiques et institutionnelles, l’organisation des élections générales, la promotion de la bonne gouvernance et l’adoption d’un pacte de stabilité dont nous avons neuf (9) objectifs, 64 actions et 108 indicateurs. Encore, une fois nous rassurons notre opinion que notre volonté dans la mise de ce PAG demeure intacte et nous le ferons d’une manière très acharnée et avec beaucoup de conviction.

ORTM : Votre action s’inscrit dans la continuité. Votre arrivée à la primature a été saluée par beaucoup d’acteurs politiques qui louent vraiment votre sens du dialogue et vos qualités de rassembleur ; rassembler les Maliens, on le sait, ce n’est pas la tâche la plus facile par les temps qui court. Le président de la transition a toujours prôné l’inclusivité. Qu’elle est sa vision de cette inclu-sivité et quelle est votre recette en la matière ?

Colonel Abdoulaye Maiga : Je félicite l’ensemble de nos compatriotes, qui jusqu’à présent, nous ont fait confiance. Je pense que le premier principe de cette inclusivité, c’est la transparence et la sincérité. En tout cas, l’ins-truction que nous avons reçu de la part de SEM, le Colonel Assimi Goïta, président de la transition, chef de l’État, c’est d’atteindre tous les objectifs, qui nous ont été assignés dans le plan d’action gouvernemental, en réunissant les fils et filles du Mali. Ce n’est pas très facile, mais la tâche n’est pas non plus impossible. Je vais juste ici rappeler que compte tenue de cette recherche, qui est un principe constant d’inclusivité et la recherche du consensus, le gouvernement à la double obligation de continuer à rassurer ceux qui croient et sont convaincus, par la démarche de la transition, Nous devrions mériter cette confiance en posant des actes très concrets et s’inscrivent justement dans la refondation du Mali.

En revanche, nous savons, en tous cas c’est notre point de vue, il n’y pas d’opposants à la transition, nous avons des compatriotes qui doutent, qui ont des interrogations, nous avons besoin de les rassurer, nous avons besoin de l’accompagnement de nombreux maliens qui sont convaincus, par la marche et les objectifs de la transition. Ce n’est pas le moment de la division car quand nous sommes divisés, nous sommes fragiles, nous sommes vulnérables, et quand nous sommes divisés, malheureusement les objectifs qui nous ont été assignés seront atteints très difficilement. C’est très important d’avancer en rang serré comme nous le conseille d’ailleurs notre devise : un peuple, un but, une foi. C’est l’instruction que nous avons reçu du chef de l’État durant cette pé-riode intérimaire, bien avant la période de cet intérim, c’était la même démarche prônée par le Dr Choguel Kokalla Maïga. Notre volonté c’est de demeurer dans le sillage le premier ministre, chef du gouvernement, le Dr Choguel Kokalla Maïga.

ORTM : Parlant d’objectif, vous avez évoqué les axes du Plan d’Action Gouvernemental, Monsieur le Premier ministre, le plus grand doute du moment est le défi sécuritaire. Depuis un certain temps, on assiste à ce qu’il est convenu d’appeler une montée en puissance des FAMa sur le terrain. Comment appréciez-vous aujourd’hui le chemin parcouru ; est-ce que la victoire sur les forces du mal se dessine ?

Colonel Abdoulaye Maiga : Les autorités de la transition demeurent très préoccupées par la situation sécuritaire. Avant d’en dire plus, je voudrais saisir cette occasion pour rendre un vibrant hommage à l’ensemble des victimes de l’insécurité au Mali : des victimes maliennes, étrangères, civiles comme miliaires ; qu’Allah les accepte au Paradis.

Avant d’aller plus en détail dans les réponses, c’est très important que nous ayons la même perception de la menace. Ce qui se passe actuellement au Mali est unique dans le monde. Vous verrez difficilement un pays dans lequel se superposent et se déroulent simultanément quatre types d’insécurité. Le terrorisme, les conflits communautaires manipulés par les groupes terroristes et les sponsors étatiques étrangers, la criminalité transnationale organisée et des individus isolés appartenant à des groupes rebelles qui sont aujourd’hui fort heureusement signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Voici un peu le portrait et la situation dans laquelle nous sommes. Comme je l’ai dit, il s’agit d’une situation unique exclusive, pas facile mais nous sommes déterminés à inverser la tendance et à sécuriser notre pays, préserver notre intégrité territoriale.

La montée en puissance de nos forces de sécurité et de défense n’est pas une illusion. C’est une réalité. Malheureusement, nous en-tendons des commentaires négatives mais nous sommes convaincus que cela est vérifiable sur le terrain. Aujourd’hui, nos adversaires et nos ennemis doutent. La situation sécuritaire n’est pas peut être résiliente mais faudrait le dire, elle n’est pas non plus pire que ce qu’on avait, il y a quelques années. Il s’agit d’une situation qui est en amélioration constante. En tout cas pour les personnes qui pensent qu’il n’y a pas d’amélioration, le gouvernement souhaite voir son verre à moitié plein que de verre à moitié vide. Le renforce-ment des capacités opérationnelles des Famas nous le voyons tous les jours. Il s’agit d’un effort très substantiel de la part d’un pays comme le Mali qui a connu des situations financières peu résilientes.

L’amélioration des conditions de vie et de travail des forces armées de défense et de sécurité est une réalité. J’en veux pour preuve l’amélioration des grilles salariales, la construction d’un hôpital mili-taire qui est en cours, et bien entendu le démarrage de la fonctionnalité d’une école de guerre. Les recrutements se poursuivent, le renforcement de capacités également. Je pense que le cap est bien maintenu la victoire finale sur nos ennemis, c’est un processus. Il faut le dire le terrorisme n’est pas une menace comme les autres. C’est une menace très perfide et assez compliquée. Mais le plus important ; c’est d’engager une lutte sans merci. Je pense qu’aujourd’hui les forces de défense et de sécurité que je salue pour leur engagement. Elles sont résolument engagées dans cette dynamique.

ORTM : Sécuriser le territoire avant les échéances électorales, c’est paru tenable ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Absolument ! Comme vous l’avez dit, c’est une sécurisation, c’est un processus. Il est important d’attendre un niveau de sécurité très appréciable qui permettrait à nos compatriotes de pouvoir voter en toute quiétude et en toute tranquillité. Comme je l’ai dit la lutte contre le terrorisme est une lutte qui sera longue. J’insiste ce qui se passe au Mali est une situation unique et exclusive. Mais je pense que toutes les actions qui sont en cours, nous espérons, produiront les effets spectaculaires.

ORTM : Monsieur le Premier ministre, la transition en cours a fait le pari de refonder le Mali, un autre axe majeur du programme gouvernemental, ce sont donc ces réformes politiques et institutionnelles engagées, la nouvelle loi électorale qui institue l’AIGE a été votée et promulguée. La commission de rédaction de la nouvelle Constitution est à pied d’œuvre. Est-ce qu’à la date d’aujourd’hui, on peut dire que le train des reformes est véritablement lancé ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Je voudrais rap-peler la vision des autorités de la transition concernant la refondation. Notre transition est une transition refondatrice. On l’a toujours dit à l’issue des Assises Nationales de la Refondation conformément aux aspirations de notre peuple, c’est de mener des réformes politiques et institutionnelles prioritaires avant d’organiser des élections. En tout cas ceux-ci demeurent notre cap. Conformément à cette vision deux chronogrammes ont été élaborés par le gouvernement de transition, un chronogramme des réformes institutionnelles ensuite un chronogramme des élections. Le cap est bien maintenu. Je pense que depuis le mois de juin nous pouvons l’attester tous les éléments préparatoires à ces réformes politiques et institutionnelles ont été mises en place. Je parle à titre d’exemple de la mise en place de la commission chargée de l’élaboration de la nouvelle Constitution, de la mise en place du comité indépendant qui est chargé du suivi-évaluation des recommandations des Assises Nationales de la Refondation. Ceci est un indicateur très fort de la volonté des plus hautes autorités de veiller à l’exécution très stricte de toutes les recommandations des Assises Nationales de la Refondation afin que ces recommandations ne restent lettre morte. Comme je l’ai dit le processus est bien engagé. Je pense que les semaines à venir cette commission qui relève du Président de la Transition nous dira quel est le premier draft qui sera notre nouvelle constitution. Le CNCR aussi a commencé ses activités, pour les autres aspects des réformes politiques et institutionnelles, il y a eu un démarrage. Vous avez mentionné l’adoption et la promulgation de la loi électorale par le Président de la Transition. Voilà autant d’indicateurs qui prouvent à suffisance que les réformes politiques et institutionnelles sont en marche.

ORTM : Parmi les aspirations profondes, il y avait bien évidemment la mise en place de cette autorité indépendante de gestion des élections que la nouvelle loi institue d’ailleurs sauf que sa mise en place beaucoup d’encres et de salives. Est-ce que le processus a du plomb dans l’aile ? Est-ce qu’il marche comme vous le souhaitez ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Je pense que le processus est bien engagé. Il faudrait quand même saluer sans aucune démagogie la détermination de son excellence, le Colonel Assimi Goïta, Président de la Transition. Vous savez la mise en place d’un organe unique, indépendant de gestion des élections a été une revendication très forte de la classe politique et des organisations de la société civile. Malheureusement cette mise en place a été butée à plusieurs difficultés. Aujourd’hui grâce à Dieu et à la volonté politique forte, elle est une réalité. Derrière la mise en place de cet or-gane, il y a une philosophie. La philosophie, c’est e veiller à la crédibilité du scrutin, à pré-venir toute fraude, à réduire sinon minimiser le rôle du pouvoir public, de l’administration dans le déroulement des actions. Je pense que cela est une réalité aujourd’hui. Lorsqu’on re-garde la loi électorale, le rôle confié au minis-tère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation est un rôle accessoire et secondaire. Aujourd’hui le rôle du ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation est d’appuyer l’agence indépendante de gestion des élections. Fort heureusement grâce à cette loi, les représentants de l’Etat, sous-préfets, préfets et gouverneurs ou le mi-nistre de l’administration lui-même n’inter-viennent en aucun moment dans la gestion des résultats. Je peux également vous dire qu’il n’appartient plus au ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation de proclamer les résultats provisoires. Toutes ces compétences ont été transférées à l’autorité indépendante de gestion des élections. Dans sa mise en place suivant un chronogramme, il y a deux types d’acteurs. Nous avons des acteurs du collège de l’AIGE qui sont désignés par le pouvoir public :

3 par le Président de la Transition,

2 par le Président du Conseil national de Transition,

1 par le Premier ministre,

1 par le Président du conseil économique, social et culturel,

1 par le Président du haut conseil des collectivités territoriales.

Et l’autre côté, les partis politiques doivent désignés 4 et les organisations de la société civile

3. Dans ce processus de désignation, nous avons échangé en collaboration avec le ministre de la Refondation, chargé des relations avec les institutions, du ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des réformes Politiques et Institutionnelles avec la classe politique et les organisations de la société ci-vile durant plusieurs heures. Le constat que nous avions dégagé à l’issu de ces concertations c’était l’absence de consensus. L’absence de consensus appartenait pour gérer et chronogramme surtout veiller à la crédibilité de l’administration, de prendre nos relations. Je voudrai ici rappeler que le ministre de l’Administration Territoriale assure la tutelle sur les partis politiques et sur les organisations de la société civile. Compte tenu de cette tu-telle, le gouvernement avait l’opportunité d’agir par voie réglementaire et de choisir à leur place les représentants des partis politiques et les représentants des organisations de la société civile. Encore une fois la démarche d’inclusivité à la recherche du consensus et surtout le respect de l’impartialité et de la neutralité de l’administration nous ont poussé à faire une proposition à nos plus hautes autorités, proposition qui a été validée. C’était de confier le processus de désignation des représentants des organisations de la société civile et des partis politiques à un huissier commissaire pour veiller à la transparence. Bien entendu par le tirage au sort, je voudrai ici rassurer les compatriotes que d’abord les personnes qui ont été tirées au sort sont des maliens. C’est des maliens comme nous tous et c’est également des représentants de partis politiques et des représentants de la société civile. Nous n’avons pas évidemment tiré au sort des gens de façon irrationnelle, il y avait un certain critère qu’il fallait satisfaire. Notamment, un niveau intellectuel minimum, le baccalauréat bien entendu d’autres expériences professionnelles attestées par leurs curriculums vitae et par des attestations, voilà un peu comment s’est déroulé le processus. Encore une fois, je voudrai vraiment rassurer la classe politique pour ceux qui ont des doutes par rapport à la fonctionnalité de l’AIGE. On avait deux impératifs, l’impératif du temps pour reprendre une expression de l’honorable président du Conseil National de la transition, ’’le temps demeure malheureusement notre propre ennemi’ ’. Nous n’avons pas le temps et on ne peut pas se donner le luxe d’être empêtrer dans un processus de désignation infinie. Un moment donné, il fallait trancher pour avancer parce qu’au final, le gouvernement restera redevable de la mise en œuvre du chronogramme et surtout justifier un peu cette perte de temps. Également leur rassurer que la mise en place de l’AIGE ou la fonctionnalité de l’AIGE ne constitue pas en tant que tel le scrutin proprement dit, il s’agit d’un organe pour veiller à la crédibilité et à la bonne organisation des élections. Donc, vraiment je tiens à les rassurer par rapport à cet aspect. C’est une œuvre humaine, tout n’est pas parfait mais je pense que nous avons choisi la bonne so-lution pour notre pays qui prendrai en compte les impératifs légaux et surtout prendre également en compte les nécessités de cohésions, de consensus et surtout de maintien de l’ordre public.

ORTM : Alors, la finalité de l’ensemble du processus est bien évidemment ce retour à l’ordre constitutionnel après un certain nombre de scrutins dont la présidentielle prévue en février 2024. Où en êtes-vous avec la préparation de ces différentes échéances et le chrono-gramme de la transition globalement ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Nous sommes bien avancés. Nous travaillons peut-être à l’abri de caméras et de beaucoup de publicités. Je voudrai ici rappeler qu’à la demande des autorités de la transition, le comité conjoint du suivi du chronogramme a été mis en place, ce n’est pas une imposition, ça vient de nous-même.

Nous l’avons proposé par souci de transparence et de rigueur. Dans cet organe conjoint, il y a quatre ministères, le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le ministère de la Refondation Chargé des relations avec les Institutions, le ministère des Affaires étrangères et le ministère Délégué auprès du premier ministre chargé des Reformes politiques Institutionnelles. Et de l’autre côté, nous avons le comité local de suivi, la CEDEAO, la Mission de l’Union Africaine au Mali MI-SAHEL et la MINUSMA. Donc, régulièrement à un niveau technique et au niveau ministériel nous nous rencontrons pour faire le point sur le suivi du Chronogramme. Voilà un peu en tout cas une preuve de transparence et une preuve supplémentaire de notre volonté de tenir le chronogramme et surtout à aller vers des élections qui consacrerait le retour à un ordre constitutionnel. Très bientôt, le comité de pilotage regroupant différents départements ministériels commencera leurs travaux dans le cadre de la prépa-ration technique et matérielle des élections.

ORTM : Parlons donc monsieur le ministre de coopération sous régionale et internationale. Vous êtes désormais considéré comme la voix de la rupture avec la France, Barkhane a finalement achevé son retrait, le Mali a donc introduit une plainte contre les agissements de la France à l’ONU. Avez-vous eu la suite que vous attendiez par rapport à cette démarche ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Merci pour la question, je trouve quand même dommage que les autorités de la transition soient perçues comme des autorités de rupture. Le Mali n’a aucune intention et aucune volonté de croiser le fer avec quiconque que ce soit. Historique-ment et culturellement, nous avons toujours échangé avec le monde, nous n’avons jamais voulu vivre en autarcie. Et ceci dit, nous sommes dans une transition refondatrice et le président de la transition son excellence le colonel Assimi Goïta a dégagé trois principes qui guident l’action publique au Mali. Le premier principe, c’est le respect de la souveraineté nationale, le deuxième principe, c’est le res-pect des choix stratégiques et des choix de partenaires opérés par le Mali et le troisième principe, c’est la prise en compte des intérêts vitaux du peuple malien dans toutes les déci-sions qui seront prises. Contrairement à cette perception, je voudrai dire qu’il est loin de nous, une volonté de s’auto flageller mais lorsque vous regardez les différentes recommandations des assises nationales de la re-fondation 99% des recommandations concernent d’abord et avant tous les maliens. Donc, il y’a une volonté d’améliorer la gouvernance. Une volonté d’imposer beaucoup plus rigueur. Encore une fois, je le dis, nous n’avons aucune volonté de rupture mais ceci dit, ce que nous disons à nos partenaires, c’est un principe élémentaire de morale qu’ils ont dans la vie, c’est de ne pas essayer de nous imposer ce qu’eux même ne souhaiteraient pas qu’on leur impose. C’est très important de le dire. Encore une fois nous le disons, on l’a dit dans tous nos communiqués, nous sommes ouverts à tous les partenaires à condition que ces partenaires respectent ces trois principes qui guident l’action publique au Mali. Le Mali est membre fondateur de la Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’ouest mais malheureusement, le Mali a été injustement victime de cette organisation. Ça fait dix ans que nous faisons face à une forme très complexe d’insécurité et moi j’aurai bien voulu que la CEDEAO nous apporte une aide substantielle conséquente et tangible sur le plan opérationnel pour faire face à cette insécurité. Au lieu de cela, nous avons été surpris par des sanctions inédites, illégales et illégitimes, inhumaines prises à l’encontre du Mali pour la simple raison que nous avons décidé de mener une transition refondatrice conformément aux aspirations de notre peuple. Mais je voudrai ici vous faire une confidence, il a fallu beaucoup de sagesse de la part de nos plus hautes autorités pour ne pas rompre avec la CEDEAO. Nous avons perçu le piège qui était tendu, c’était de la part de certains acteurs d’utiliser la frustration du Mali pour nous pousser nous-mêmes à fragiliser ces institutions des communautés économiques régionales comme la CEDEAO. Je crois que nos plus hautes autorités ont bien perçu le piège et surtout se sont remémorées du lourd héritage du Mali. Le Mali est héritier de grands acteurs, de grandes figures du panafricanisme et pour cette raison, je pense que nous avons décidé d’agir autre-ment avec la CEDEAO.

ORTM : Pour revenir à cette question que je vous ai posée par rapport à la France, la plainte devant l’Organisations des nations unies, quelle suite vous avez reçu ? Est-ce que vous êtes satis-fait du traitement réservé à ce dossier ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Merci, pour par-ler de la France, je voudrais ici rappeler ce que nous avons toujours dit aux autorités françaises. D’abord ici au Mali, nous faisons clairement la différence entre les autorités françaises actuellement en place et le peuple français que nous respectons énormément. Ces autorités se sont rendues coupables de beaucoup de choses. De violations intempestives de notre espace aérien. Je ne pense pas qu’il y ‘ait un seul aéronef malien qui a une fois violé l’espace aérien de la France, on ne peut même pas l’imaginer. Parce qu’autrement, on sait que la réaction aurait été autre. Ensuite, il faudrait rappeler le contexte. La France pour reprendre l’expression du premier ministre Dr Choguel Kokalla Maïga a décidé de nous abandonner en plein vol en mettant fin à cette coopération de défense qui nous liait sans avertissement, sans plan et sans nous prévenir. Suite à ce départ, nous avons été désagréablement surpris par des violations intempestives par des aéronefs français qui violaient régulièrement notre espace aérien. En plus de cela, on le dit vraiment sans aucune démagogie, sans aucune manipulation, ces autorités se sont également rendues coupables de fournir des renseignements et des armes à des groupes terroristes. Ce qui est inimaginable de la part d’un pays qui étant membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Donc, qui a un droit de véto. Nous avons introduit une plainte avec des preuves à l’appui. Tous les cas de violation ont été présentés bien documentés et nous avons bien entendu d’autres preuves qui seront présentées en tout cas nous l’espérons à la suite de cette session spéciale du Conseil de Sécurité des Nations Unies que nous appelons de tous nos vœux. Il est très important que la communauté internationale et que le monde découvre comment un Etat membre du Conseil de Sécurité des Nations qui assure la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationale se comporte .Il faudrait le dire ,ce n’est pas des choses acceptables et je crois que si nous le voulons ,si nous tenons assurer la pérennité du mécanisme de sécurité collective, il est très important qu’on nous donne l’occasion de présenter les preuves que nous avons et qui incriminent la France.

ORTM : Et vous espérez que cette réunion du Conseil de Sécurité aura lieu ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Absolument, nous l’espérons. En tout cas, nous ferons tout pour qu’elle ait lieu. Étant membre des Nations Unies, c’est un droit.

ORTM : Monsieur, le premier ministre, ces derniers jours, s’est tenue à Lomé la réunion du groupe de suivi de soutien à la transition malienne, votre ministre des affaires étrangères, si je ne m’abuse parlait de normalisation avec les partenaires. Vous parliez tout à l’heure de la CEDEAO. Est-ce que désormais, le Mali marche avec ses partenaires de la sous -région main dans la main ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Je voudrai ici rappeler que nous n’avons jamais été en rupture disons de dialogue, de belligérance, d’adversité ou d’affrontement avec la CEDEAO. Même pendant les pires moments de notre histoire durant ces sanctions inhumaines, inédites, illégales et illégitimes, il y’avait toujours ce dialogue qui a été maintenu avec la CEDEAO. Comme on le dit, il est très important, on l’a rappelé durant cette réunion de Lomé. Le ministre des affaires étrangères a également rappelé d’abord ces trois principes qui guident désormais l’action publique au Mali, principe formulé par le président de la transition. Nous sommes très jaloux du respect de notre souveraineté. Également du respect de nos choix stratégiques et de nos choix de nos partenaires. On ne va pas accepter qu’un autre Etat vienne nous dire avec qui il faudrait commercer ou pas traiter. Nous sommes ouverts à tout le monde. Nous ne sommes pas embrigadés dans des guerres idéologiques qui nous sont étrangères. Nous avons nos propres problèmes et le troisième principe, c’est la prise en compte des intérêts vitaux du peuple ma-lien dans les décisions qui seront prises et subséquemment à ces trois principes, nous n’accepterons plus dorénavant une conditionnalité. Donner de l’aide et imposer d’autres aspects en matière de gouvernance qui porte atteinte à ces trois principes. Je pense que du-rant cette réunion de Lomé, le ministre des Affaires Étrangères l’a éloquemment rappelé. Encore une fois je le dis, nous n’avons aucune volonté de vivre en autarcie. Le Mali a sept voisins, déjà sur le plan géographique, on ne peut pas vivre en autarcie. Je pense qu’au début de notre histoire, nous avons toujours échangé avec tout le monde. Encore une fois je le ré-pète nous n’avons aucune volonté de croiser un fer avec qui que ce ne soit certainement pas avec nos voisins de la CEDEAO et le Mali est Etat membre fondateur de cette CEDEAO mais il est important comme je l’ai dit dans les années à venir que la CEDEAO elle-même fasse sa mue. C’est très désagréable qu’une organisation qui a été mise en place pour des questions d’intégration pour rehausser le ni-veau de vie de nos populations malheureuse-ment se fasse instrumentaliser par des puissances extérieures.

ORTM : La réunion de Lomé s’est achevée visiblement sur une note de satisfaction. Quels sont les enseignements que vous pouvez en tiré par rapport à l’engagement de la communauté internationale en faveur du Mali ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Je pense que les résultats de cette réunion de Lomé sont autant d’indicateurs contrairement à ce que certains partenaires disaient et que le Mali est très sincèrement avec en toute franchise engagée dans le retour à l’ordre constitutionnel. Je pense que durant cette réunion de Lomé ,les gages et toutes les garanties ont été données à nos différents partenaires .Les progrès qui ont été accomplis ,des acquis dans le cadre de la refondation ont présenté par les ministres qui étaient présents .Le ministre des Affaires Étrangères, le ministre delà Refondation ,le ministre de l’Économie et des Finances ,madame le ministre délégué auprès du Pre-mier ministre chargé des Reformes Politiques et Institutionnelles et le ministre de la Réconciliation nationale.

ORTM : Parlons toujours de Lomé Monsieur le premier ministre, Lomé d’où se mène aussi la médiation sur le sort des 49 soldats ivoiriens interpellés chez nous ici au Mali .49 au départ, désormais 46. Des voix se sont élevées, vous avez sans doute entendu, pour demander un compromis pour éviter de mettre en péril les relations entre les deux pays. Sommes-nous proches aujourd’hui d’un dénouement sur cette question ?

Colonel Abdoulaye Maïga : c’est avec beaucoup de précautions que je parlerai de ce dossier qui, rappelons-le qui est un dossier judiciaire. Nous respectons l’indépendance de la justice mais je voudrai juste dire que les aspects de cette crise avant l’ouverture de l’enquête. Vous savez quand le gouvernement a communiqué malheureusement, une grande partie de notre opinion ne nous croyait pas. C’est une réalité, mais je voudrai dire que dans cette volonté d’améliorer la gouvernance, le gouvernement de la transition ne ment pas. Vous savez quand nous faisons des communiqués ,c’est avec beaucoup de certitudes ,beaucoup d’ engagements et beaucoup de vérifications .Concernant ce dossier ,ce qui est regrettable ,je pense que le communiqué des autorités ivoiriennes quelque part nous conforte dans notre position .Encore une fois je le dis quand vous passez en revue les recommandations des Assises nationales de la refondation 90% des recommandations concernent le Mali et les maliens d’abord et que nous avons décidé d’imposer beaucoup plus de rigueurs sur nous-mêmes . Forcement pour certains partenaires, ils sont obligés en tout cas nous leur demandons très respectueusement de respecter les principes qui gui-dent l’action publique dorénavant. Il est inacceptable que 49 militaires débarquent dans un pays sans autorisation sans avertissement avec des armes et qu’on trouve cela normal. Je pense que quelque part la réaction de la MINUSMA et des Nations Unies nous réconforte dans notre position. Voilà un peu ce que je pouvais dire concernant ce dossier.

ORTM : Si vous le permettez, il y a une médiation qui est en cours, est ce que la suite elle va être exclusivement judicaire, politico-judiciaire ou politique ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Il y’a une médiation qui est en cours. Il y’a certains aspects de la médiation que je n’évoquerai pas ici mais je voudrai dire d’abord la nature hautement judiciaire du dossier. Concernant la Côte d’Ivoire qui est un pays frère ,qui est un pays ami avec lequel nous n’avons aucune volonté de croiser le fer .Vous vous souviendrez que la justice malienne a émis des mandats d’arrêts internationaux contre certains de nos compatriotes qui vivent en Côte d’Ivoire et nous avons été également surpris de voir que certains de nos compatriotes vivants en Côte D’Ivoire malheureusement utilisent la Côte d’ivoire comme je ne vais pas parler de base arrière mais en tout cas comme un terrain en vue d’attaquer ou de perturber la transition. Ce qui est regrettable. Pour une fois je le dis, je ne sais pas quelles seront exactement les toutes les dimensions de la médiation. Encore une fois je vous le ré-pète, il s’agit d’un dossier éminemment judicaire.

ORTM : Terminons Monsieur le ministre par le coût de la vie, des carburants aux denrées les prix n’ont cessé de flamber ces derniers mois pas seulement chez nous au Mali d’ailleurs. Affectant le pouvoir d’achat des populations, le gouvernement a pris bien évidemment un certain nombre de mesure mais les me-sures prises ont-elles produit les fruits que vous attendiez ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Pour cette question, il faudrait rappeler le contexte national et international. Nous venons de plus de dix ans de crise, nous nous battons tous les jours pour en ressortir. Et au cours de cette crise, nous avons été frappés de plein fouet pas seulement nous mais le monde entier par la crise sanitaire de la COVID-19. Avant même la crise de COVID-19, il y’a eu une situation de tension entre la Russie et l’Ukraine forcement, tous ces éléments ont une influence négative sur les prix. les autorités de la transition ont fait beaucoup de sacrifices ,ont renoncé à une part importante d’impôts, de fiscalités en accordant beaucoup de subventions afin que nos marchés soient bien approvisionnés .Ceci dit ,ce n’est pas facile mais encore une fois les efforts sont en cours pour que nos compatriotes puissent avoir accès à ces produits de première nécessité à des prix abordables .Mais ce que nous déplorons c’est une augmentation anarchique ,une augmentation illégale du prix de certains produits de première nécessité. Le ministère du l’Industrie et du commerce en collaboration avec le ministère de la Sécurité et de la Protection Civile mène des sorties sur le terrain afin que les opérateurs économiques ,en tout cas les commerçants détaillants veillent à respecter les prix plafonds qui ont été arrêtés d’un commun ac-cord avec le gouvernement et les différents opérateurs économiques .Ces efforts également se poursuivront et je profite de cette oc-casion pour rappeler nos compatriotes opérateurs économiques à une mobilisation générale et surtout à veiller à se faire beaucoup plus de rigueur afin de maintenir les prix à un niveau normal et surtout inviter les uns et les autres à éviter de faire de la rétention de produits malheureusement qui entrainerait une augmentation du prix par exemple d’un seul produit mais avec un effet d’entrainement d’une augmentation anormale et anarchique du niveau de vie .

ORTM : Les dispositions elles sont prises aujourd’hui pour les efforts que vous avez consenti au niveau gouvernemental se ressentent vraiment sur le panier de la ménagère ?

Colonel Abdoulaye Maïga : Absolument. Comme je l’ai dit toutes les vérifications et les contrôles effectués par le ministère de l’Industrie et du Commerce dont le bras armé et opérationnel est la Direction du commerce et de la concurrence appuyée par les éléments de forces de défenses et de sécurité afin de s’assurer que les prix affichés par les opérateurs économiques soient les prix auxquels ces opérateurs et ces commerçants détaillants cèdent les différents produits à nos compatriotes. Évidemment, il y’a d’autres dispositions qui sont en cours pour acheminer les produits de première nécessité qui sont stockés au ni-veau de plusieurs ports.

ORTM : Quel message, vous avez à l’en-droit des maliens qui ne sont évidemment pas indifférents à la marche de la transition et peut-être à l’endroit aussi de nos partenaires.

Colonel Abdoulaye Maïga : je voudrai rassurer nos compatriotes que le gouvernement de la transition n’a pas pour vocation de chercher les responsables ou les coupables de ces trente ans de dysfonctionnement de la démocratie .Nous faisons un constat qui est très objectif trente ans de démocratie tout n’est pas négatif nous en sommes très conscients et nous nous en félicitons mais au moment du bilan force est de constater ,je pense que ce constat sera partagé unanimement qu’il y’a beaucoup plus de dysfonctionnements que de bonnes actions .C’est la raison pour laquelle nous sommes dans une crise. Je ne parle pas des individus qui ont des dossiers judicaires qui relèvent de la justice bien entendu ces individus répondront de leurs actes devant la justice. Il est très important de préciser que nous n’avons pas vocation à jeter l’opprobre sur les personnes qui ont apporté à ce pays tout ce qu’ils pouvaient. Je crois que ce ci ap-partient aux historiens de faire un peu le bilan des disfonctionnements de la démocratie. Nous, notre volonté, c’est de sortir du guêpier dans lequel nous sommes. Il est très important de préciser que personne ne s’en sortira seul, ce qui explique la volonté d’inclusivité recherchée en tout cas qui nous a été imposé par le président de la Transition. Nous nous attèlerons à aller toujours vers cette inclusi-vité. Notre volonté n’est pas de vaincre mais de convaincre les sceptiques et ceux qui ont des doutes. Pour cela nos portes sont grandement ouvertes mais également les portes de tous les membres du gouvernement pour expliquer. Pour chaque action il y’a une explica-tion. Nous ne nous lasserons jamais d’expliquer par la pédagogie, dans la courtoisie la plus totale à nos compatriotes qui sont sceptiques pour cela nous demandons également à nos compatriotes qui sont convaincus par la marche de la transition de nous aider à convaincre les plus sceptiques et ceux qui ont des doutes. Il ne peut pas y avoir d’opposants à une transition. Quand vous voyez ces recom-mandations magnifiques issues des assises nationales de la refondation, ce sont des recommandions qui vont dans le sens de l’intérêt général et bien entendu de notre bien commun. Concernant nos partenaires ,nous n’avons aucune volonté croiser le fer avec qui-conque que ce soit mais nos partenaires doivent comprendre que le principe moral élémentaire qui guide nos rapports demeure le principe de l’apathie et ne peut pas accepter qu’ils nous imposent des choses et qu’ils refuseraient eux-mêmes d’appliquer à leurs populations .Encore une fois je le réitère les trois principes définis par le président de la Transition à savoir ,la souveraineté qui doit être respectée et nos choix stratégiques et de partenaires et bien entendu la prise en compte de l’intérêt du peuple malien doivent fondamentalement et scrupuleusement être respectés .Le Mali est un peuple ouvert ,un peuple très hospitalier ,nous n’avons aucune volonté de vivre en autarcie. En particulier dans un siècle, dans un monde mondialisé, l’espace et le temps ont tendance à se confondre.

La Rédaction / Mali Kilé

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