L’Adjudant-chef de police Jeanne d’Arc KOHOU ou l’aiguille de la solidarité

L’Adjudant-chef de police Jeanne d’Arc KOHOU, du Burkina Faso, est une habituée des opérations de paix des Nations unies. Sa première mission était en Haïti, de 2011 à 2013, où elle était chargée des questions liées au genre dans un commissariat de Port-au-Prince, la capitale. Son dynamisme dans la prise en charge des victimes de violences basées sur le genre (VBG) et le suivi des dossiers, lui ont valu d’être rappelée de 2014 à 2016.

Riche de cette expérience, elle rejoint la Mission des Nations unies au Mali (MINUSMA) en 2019 où elle est nommée aux mêmes fonctions dans la ville de Gao, dans le Nord du pays. Dans ses nouvelles attributions, elle était chargée d’accompagner les Forces de défense et de sécurité maliennes dans la prise en charge et le suivi des cas de VBG. Cela incluait aussi de leur dispenser des formations dans la gestion de ces cas, ainsi que la protection des civils. En appui aux efforts des Forces de défense et de sécurité maliennes, l’Adjudant-chef KOHOU a participé à l’élaboration de mesures de protection spécifiques en faveur des plus vulnérables ainsi que les femmes, les enfants et les personnes âgées.

Quelques mois après son arrivée à Gao, la pandémie de Covid-19 frappait de plein fouet le Mali. Pendant le confinement, en dehors de ses heures de travail, l’Adjudant-chef KOHOU a été touchée par la détresse et la solitude de ses collègues. Avec la fermeture planétaire des frontières, certains d’entre eux voyaient les possibilités de rejoindre les leurs réduites à néant. Elle décide alors de faire du porte-à-porte pour proposer à celles et ceux qui le souhaitaient, d’apprendre à tisser des sacs réutilisables. « Je ne voulais plus jeter des sacs en plastique à chaque fois que je faisais des courses » explique cette Casque bleu à la générosité sans pareille. Pari réussi pour l’Adjudant-chef KOHOU car, en peu de temps, le camp de Gao a été gagné par la fièvre du tissage, un moyen de cultiver la résilience des Casques bleus pendant une période éprouvante marquée par la pandémie de Covid-19. D’abord individuellement pour respecter les mesures barrières puis en petits groupes, civils et personnel en uniforme tissaient des sacs. « Mon idée était de renforcer la solidarité et l’amitié entre les collègues qui étaient loin de chez eux et de leurs proches pendant cette période si difficile. Il y avait cependant une règle essentielle à respecter : les sacs tissés ne devaient en aucun cas être vendus. Ils devaient être pour soi-même ou offert entre collègues et aux membres des familles » rappelle-t-elle. Pédagogue, elle voulait « non seulement créer les liens d’affection mais aussi privilégier l’apprentissage » dira-t-elle.

Cette pratique a vite gagné la ville de Gao, en dehors du camp, par l’intermédiaire d’un collègue malien qui a suggéré à son épouse de bénéficier du talent et de la générosité de l’Adjudant-chef KOHOU. C’est ainsi que la toile tissée a commencé à s’agrandir avec la formation d’une dizaine de femmes du quartier Château. « J’ai pris 24 jours de congés pour effectuer cette formation à mes frais. Aujourd’hui, trois femmes ainsi que leurs familles vivent des bénéfices tirés de cette activité. Je suis toujours en contact avec elles et je me réjouis toujours autant de l’évolution de leur commerce. Lorsqu’elles ont des difficultés à réaliser un modèle ou en cas d’oubli, je prépare un tutoriel en vidéo que je leur envoie »

L’initiative si discrète à ses débuts a gagné les membres d’associations féminines des villes d’Ansongo et de Ménaka grâce au bouche-à-oreille. Afin de mieux la structurer, le bureau régional de la Police des Nations unies a financé deux projets d’apprentissage du tissage dans ces deux localités. Le réseau tissé par l’Adjudant-chef KOHOU ayant pris de l’ampleur, ce sont des collègues qu’elle avait auparavant formé qui formeront à leur tour 50 femmes à Ménaka et autant à Ansongo.

En fin de mission, au moment de quitter le Mali, l’Adjudant-chef KOHOU avait formé des femmes et hommes du Sénégal, de la Guinée, de Sierra Leone, du Ghana, du Nigéria, de Côte d’Ivoire, du Tchad, du Niger et du Canada, de l’Allemagne et de Madagascar. Pari gagné, elle coud une toile faite de générosité qui continue de grandir grâce à volonté de transmettre un savoir des uns et des autres.

Une passion thérapeutique

Aujourd’hui, la satisfaction de l’Adjudant-chef de police Jeanne d’Arc KOHOU est effectivement de savoir qu’elle a transmis quelque chose en tant que casque bleu. « Je dis toujours aux femmes que travailler est un épanouissement. Une des collègues formées m’a dit que le tissage est une thérapie pour elle car il permet de ne plus penser aux soucis. Ce qui me donne encore plus de satisfaction est que ces sacs nourrissent beaucoup de personnes, envoient des enfants à l’école et les soignent. Pour aller plus loin, la toile que nous avons tissé à partir du camp de la MINUSMA à Gao a permis à chaque personne formée d’emporter un bout du Mali avec elle à la fin de sa mission. Voir un seul fil en nylon les renverra certainement vers Gao ».

À l’origine, Jeanne d’Arc KOHOU a utilisé son talent caché, l’artisanat, pour prémunir des femmes contre les violences basées sur le genre en leur offrant les moyens d’avoir une activité génératrice de revenus et gagner leur autonomie. Son expérience l’a guidé dans cette voix. « Victime de VBG, je me suis retrouvée seule à m’occuper de mes trois enfants. Du coup il valait mieux créer une entrée d’argent en plus de mon salaire, afin de pouvoir subvenir à nos besoins » confie-t-elle.

Cette passion pour l’artisanat l’a piquée alors qu’elle était lycéenne. À l’époque elle avait appris à tisser, à tricoter et à fabriquer du savon. Une passion qui l’a sauvée des conséquences néfastes des violences basées sur le genre.

À l’occasion de la journée de la paix, Jeanne d’Arc KOHOU adresse un message particulier aux femmes : « Dites à vos Enfants, vos Maris et vos Frères de déposer les armes. Evitons la violence dans nos familles, éduquons nos enfants à la non-violence et à cultiver le pardon ». Au monde entier, elle rappelle que « sans la PAIX il n’y a pas de développement et pour qu’il y ait la PAIX, il faut le pardon et le dialogue. DIALOGUE + PARDON + ACCEPTATION DE L’AUTRE = PAIX ».

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