MOHAMED OULD DELLAHI, LEADER POLITIQUE MAURITANIEN : «Si nous laissons le Mali tombé, nous en subirons tous les conséquences»

Ces derniers jours suite à la disparition d’une dizaine «d’éleveurs» mauritaniens sur notre territoire, la tension était brusquement montée d’un cran entre le Mali et la Mauritanie. Il a fallu que le président Assimi Goïta dépêche une forte délégation à Nouakchott pour assurer que notre pays va tout mettre en œuvre pour faire éclater la vérité sur cette affaire dont le timing devait pourtant exhorter les autorités mauritaniennes à la prudence. C’est ce que pense aussi le président du Parti mauritanien pour la défense de l’environnement (PMDE). Dans une déclaration publique la semaine dernière, Mohamed Ould Dellahi a manifesté son soutien à notre pays et il a exhorté les Mauritaniens à faire de même.

«Je ne pense pas, dans ces moments difficiles pour la junte militaire malienne, qu’elle va cautionner l’assassinat des Mauritaniens à sa frontière. Je pense plutôt que nous sommes en face des manigances des services secrets étrangers pour déstabiliser davantage le Mali. Ce que nous ne devons pas accepter» ! Telle est la conviction publiquement exprimée la semaine dernière par Mohamed Ould Dellahi, le président du Parti mauritanien pour la défense de l’environnement (PMDE).

«Le Mali est un pays voisin, un pays frère. Tout ce qui touche le Mali nous affecte. Et tous ceux qui veulent déstabiliser le Mali, finiront par déstabiliser toute la sous-région. Il est donc devoir de fermement soutenir le peuple malien, sans condition. Et nous devons engager tous nos efforts pour lui apporter un soutien, surtout économique parce que le Mali c’est nous et nous sommes aussi le Mali», a-t-il martelé dans cette déclaration publique.

Ce leader politique mauritanien a «solennellement» conseillé au le président de la République Islamique de Mauritanie (Mohamed Ould Ghazouani) de ne pas «se laisser entraîner dans cette affaire qui ne concerne pas la Mauritanie». Bien au contraire, a-t-il souhaité, «notre pays ne doit pas se figer dans une position de neutralité, il doit aider le Mali et refuser d’être complice des services de renseignements qui sont contre le Mali et contre l’Afrique. Le peuple mauritanien doit se mettre au service du peuple frère du Mali pour l’aider. Même s’il faut, nous nous rendrons au Mali pour l’aider à combattre pacifiquement l’injustice qu’on veut lui imposer».

La voix de la raison face aux tentatives extérieures de déstabilisation du Mali

Et Mohamed Ould Dellahi d’avertir, «si nous n’agissons pas, ce qui arrive aujourd’hui au Mali, peut arriver demain à la Mauritanie, au Sénégal, au Burkina Faso… Bref, à tous les pays de la sous-région. Ne laissons pas le Mali tomber, sinon nous allons tous tomber et subir exactement les mêmes conséquences. C’est pourquoi, tous les pays de la sous-région doivent se soutenir et afficher la même fermeté face à ces gens ou ces pays qui veulent déstabiliser le Mali».

C’est ce qu’on peut appeler la voix de la raison, de la lucidité et du discernement. Ces derniers jours, on a en effet assisté à un regain de tension à la frontière entre le Mali et la Mauritanie. Et cela suite à la disparition d’une dizaine de présumés «éleveurs» mauritaniens qui seraient morts sur notre territoire.

Dans une zone où sont d’habitude concentrés des groupes terroristes (Aqmi notamment), comment Nouakchott peut-elle avoir la certitude que ce sont les Forces armées maliennes (FAMa) qui ont tué ses ressortissants ? Dans le contexte actuel, nous pensons que la Mauritanie doit se garder de nourrir cette certitude que seuls les soldats maliens peuvent s’en prendre à ses citoyens dans une zone échappant à tout contrôle. Quel intérêt a aujourd’hui le Mali d’accroître son isolement alors que le pays fait face à un embargo imposé par la Cédéao et l’Uémoa ?

Une situation qui l’oblige d’ailleurs à se tourner vers les ports de Conakry (République de la Guinée) et de Nouadhibou (Mauritanie) pour ses importations et ses exportations. D’ailleurs les autorités mauritaniennes doivent se poser des questions sur le timing de ces événements qui interviennent au moment où le coton et d’autres produits d’exportation ou d’importation du Mali commencent à passer par la Mauritanie ? Qui a intérêt aujourd’hui à ce que des brouilles surgissent entre nos deux pays à ce moment précis de raffermissement de nos relations économiques ? Se poser de telles questions leur aurait permis de ne pas se précipiter pour porter des accusations graves contre le Mali.

Moussa Bolly

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